Interview Jean BASSERES sur France INFO

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Paris, le 17 juin 2015

france info  FRANCE INFO

L’INVITE ECO – Le 17/06/2015 – 18:46:42

Invité : Jean BASSERES, directeur général Pôle Emploi

Jean LEYMARIE

Bonsoir, Jean BASSERES.

Jean BASSERES

Bonsoir.

Jean LEYMARIE

D’après l’UNEDIC, le chômage va enfin commencer à baisser cet été. Est-ce que vous aussi, à Pôle Emploi, vous voyez le bout du tunnel ?

Jean BASSERES

J’évite de faire des prévisions en matière de chômage. J’espère que l’UNEDIC a raison. En tout cas, on fait tout pour que ce pronostic se réalise, pour faire en sorte que le chômage diminue. C’est bien l’objectif qui est le nôtre.

Jean LEYMARIE

Que voyez-vous en ce moment dans les agences, dans vos agences ?

Jean BASSERES

Le mois dernier, on affichait un taux de progression encore important, malgré tous les efforts que nous déployons, notamment pour accompagner au mieux les demandeurs d’emploi. Maintenant, c’est des chiffres qu’il faut interpréter avec prudence, mois après mois, ce qui est intéressant, c’est la tendance et donnons-nous encore quelques mois pour avoir un jugement plus ferme sur la tendance de l’année 2015.

Jean LEYMARIE

Le travail est de plus en plus précaire. Est-ce que les contrats courts, est-ce que les petits boulots continuent à se multiplier ?

Jean BASSERES

Vous avez toujours aujourd’hui une prédominance de contrats courts dans les flux d’embauches, même si sur les stocks de salariés, il y a encore une prédominance de CDI. Mais vous avez raison de souligner que c’est une caractéristique nouvelle du marché de travail depuis dix-quinze ans.

Jean LEYMARIE

Près de neuf embauches sur dix en CDD aujourd’hui.

Jean BASSERES

Exactement.

Jean LEYMARIE

Ça s’accentue ?

Jean BASSERES

Ça reste à peu près à ce niveau depuis quelques mois, quelques années.

Jean LEYMARIE

Tout à l’heure, vous avez présenté le bilan annuel de Pôle Emploi, je l’ai lu, c’est incroyable, parce que dans votre bilan, vous dites que la tendance est positive. Etes-vous contents de vous ?

Jean BASSERES

Contents de nous, l’expression est trop forte, parce qu’on est les premiers à mesurer les marges de progrès que nous avons encore à accomplir. Mais on est assez contents depuis deux ans, trois ans, d’avoir amélioré nos résultats, d’avoir maintenu des taux de paiement et des taux d’indemnisation qui sont corrects, même bons et d’avoir aussi augmenté la satisfaction des demandeurs d’emploi et des entreprises. Alors, c’est modeste, on n’est pas encore à des taux de satisfaction qui nous satisfont complètement. Mais on a marqué des progrès. C’est important pour moi aussi de le signaler, puisque Pôle Emploi est souvent critiqué et il est bon aussi de rappeler qu’on a des résultats, qui, dans l’ensemble, me semble-t-il, progressent.

Jean LEYMARIE 

J’insiste, tendance positive, alors que nous avons 5,5 millions de chômeurs.

Jean BASSERES

Oui, mais ce n’est pas à l’aune du nombre de chômeurs qu’on va juger l’efficacité de Pôle Emploi. J’ai un point qui est extrêmement important dans le raisonnement que nous essayons de tenir, c’est l’impact de la conjoncture. On sait bien que si demain, la croissance repart fortement, le chômage diminuera quasi mécaniquement. Donc, moi, ce qui m’importe, c’est de mesurer l’efficacité de Pôle Emploi en tenant compte de la conjoncture. Il y a un modèle économique qui a été fait – pas par moi, je vous rassure – par l’UNEDIC et par la DARES, qui calculait le nombre de retours à l’emploi que l’on doit observer, compte tenu de la conjoncture, à efficacité constante. Ce que j’ai constaté, moi, c’est qu’on faisait plus que ce modèle, c’est-à-dire que notre efficacité a progressé, on a même estimé ça à 15 %. Alors, le dire peut paraitre paradoxal, au moment où le chômage augmente…

 Jean LEYMARIE

Parmi ceux qui nous écoutent, il y a des gens qui cherchent un emploi depuis très longtemps !

Jean BASSERES

Bien sûr. Mais je suis naturellement convaincu qu’eux attendent avant tout un emploi. Ce que je dis, c’est qu’on contribue, plus qu’on ne le pense souvent, à faire en sorte qu’ils retrouvent un emploi. Nous avons, encore une fois, des marges de progrès, nous y travaillons.

Jean LEYMARIE

Qu’est-ce que c’est, par exemple, là encore, de manière très concrète pour ceux qui cherchent un emploi et qui connaissent Pôle Emploi par cœur ?

Jean BASSERES

De manière extrêmement concrète, c’est leur assurer très vite l’indemnisation. Quand on tombe au chômage, qui est une calamité, on doit d’abord être assuré sur ses revenus et c’est ça qui, à mon avis, est la première condition, avant de rechercher un travail. Après, le deuxième engagement qu’on prend, c’est qu’on va améliorer le diagnostic de leur situation et qu’on va les accompagner plus vite. Ça, c’est des engagements extrêmement concrets. Par ailleurs, nous allons développer, nous développons – je vous donne rendez-vous le 2 juillet, puisque ce sera une date importante pour nous – nous développons des nouveaux services en ligne, qui vont répondre notamment aux besoins des demandeurs d’emploi qui sont plus autonomes que les autres.

Jean LEYMARIE

Ça, c’est un point important, le développement de ces services numériques, le développement encore d’Internet évidemment. Est-ce que ça veut dire qu’il y aura moins de conseillers à Pôle Emploi, physiquement ?

Jean BASSERES

Non. Nous avons, ces dernières années, créé des postes de conseillers de Pôle Emploi. Nous avons, nous-mêmes, par nos efforts de productivité interne, fait qu’il y avait l’équivalent de 2 000 conseillers en plus, qui sont passés des tâches administratives à des fonctions de conseillers, il n’y a pas de projet aujourd’hui de diminuer le nombre de conseillers. Mais il s’agit, grâce au numérique, d’offrir de nouveaux services à des personnes qui aujourd’hui peuvent bénéficier de services de toutes natures, des cours en ligne, des exercices pratiques, des conseils, sans avoir physiquement à se déplacer. Donc, je pense que le numérique est une chance supplémentaire pour offrir des nouveaux services et passer plus de temps à consacrer du temps et de l’entretien physique à ceux qui sont plus en difficulté.

Jean LEYMARIE

Mais ça ne remplacera pas le contact avec les conseillers, je pense aussi à tous ceux qui cherchent un emploi et pour qui un ordinateur est une chose compliquée, ça existe aussi.

Jean BASSERES

Alors, ça existe. D’abord, le numérique, c’est pour ceux qui ont un ordinateur, ceux qui ont Internet et nous avons toujours la possibilité dans les agences de venir physiquement, y compris pour accéder dans nos agences à des outils Internet. Mais je crois qu’il est aujourd’hui indispensable de bien comprendre que pour une frange importante de la population, je pense aux jeunes, si un service public n’a pas de service numérique de qualité, il va se couper de la jeunesse. Donc, si on veut être efficaces, nous sommes dans l’obligation de développer ces nouveaux services, dont on mesurera – j’en suis sûr – qu’ils apportent beaucoup de satisfaction à ceux qui les utilisent.

Jean LEYMARIE

Pour aider les chômeurs, les conseillers de Pôle Emploi réclament plus de temps, plus de moyens. Vous nous dites ce soir que vous n’allez pas supprimer de postes de conseillers. Allez-vous en créer ? Est-ce que vous allez embaucher à Pôle Emploi ? Sachant que le chômage continue à augmenter, ça aurait un sens.

Jean BASSERES

Ce n’est pas moi qui « crée » les postes. Ça, c’est une loi de finances, qui, chaque année, fixe le budget de Pôle Emploi.

Jean LEYMARIE

Est-ce que vous en demandez davantage ?

Jean BASSERES

Je mesure déjà l’effort très important qui a été fait dans le contexte des finances publiques, avec 4 000 créations d’emplois, il faut quand même le rappeler, 4 000 CDI ont été créés à Pôle Emploi. Nous avons fait nous-mêmes un effort qui a permis de mettre 2 000 équivalents conseillers en plus et nous allons faire dans les trois ans qui viennent un nouvel effort au total de l’ordre de 8 000 conseillers. C’est un effort considérable. Evidemment, dans une structure comme la mienne, tout le monde sait bien que si on avait plus de moyens, on ne les refuserait pas. Est-ce qu’il est raisonnable de les escompter ? Je ne crois pas, vu le contexte budgétaire actuel.

Jean LEYMARIE

Mais est-ce que vous les demandez ? Après tout, l’Etat, le Gouvernement affirme l’emploi comme une priorité, on pourrait décider d’investir aussi là-dessus.

Jean BASSERES

Nous avons signé – mais le Gouvernement l’a fait et je le remercie – nous avons signé une convention avec l’Etat et l’UNEDIC consistant à indiquer que la subvention de l’Etat resterait stable dans les prochaines années à Pôle Emploi. C’est déjà un engagement budgétaire extrêmement volontariste.

Jean LEYMARIE

Le ministre de l’Economie, Emmanuel MACRON, dit qu’il veut continuer à réformer en profondeur le marché du travail. Est-ce que vous comprenez ce que ça veut dire ?

Jean BASSERES

Je ne suis pas un spécialiste du marché du travail.

Jean LEYMARIE

Ah bon !

Jean BASSERES

Non. Je suis un spécialiste de l’accompagnement des demandeurs d’emploi et l’accompagnement des entreprises. Je pense que le ministre Emmanuel MACRON fait sans doute référence au marché du travail dans son volet plus juridique. Il y a eu une initiative forte qui a été prise récemment sur le plafonnement des indemnités de licenciement, il y a des réflexions sur le contrat de travail. Je pense que c’est plutôt ce champ-là qu’il a en tête. Mais je pense que si vous lui posez, vous-même, directement la question, il serait mieux à même que moi d’y répondre.

Jean LEYMARIE

Puisque vous le citez, le plafonnement des indemnités de licenciement provoque beaucoup de discussions, est-ce que c’est une bonne chose, est-ce que ça favorise l’emploi ?

Jean BASSERES

C’est une mesure qui donne de la lisibilité, tant aux employeurs qu’aux salariés. De ce point de vue-là, je crois que dans les périodes d’incertitude économique, la lisibilité est aujourd’hui un facteur très important.

Jean LEYMARIE

Est-ce que moins de droits pour les salariés, ça fait plus d’embauches ? Vous faites partie des gens qui pensent…

Jean BASSERES

Je ne suis pas du tout en train de parler de moins de droits ou plus de droits. C’est des droits exprimés de manière différente. Le droit aujourd’hui de ne pas connaitre une durée de procédure et un montant de procédure, ce n’est pas un droit dont l’efficacité m’apparait très forte.

Jean LEYMARIE

Jean BASSERES, le directeur général de Pôle Emploi, invité de « L’interview éco », merci.

Jean BASSERES

Merci à vous. 18:53:56 FIN>

Selon le rapport d’activité de Pôle emploi, 2014 a permis de consolider les évolutions de l’opérateur

  1. Jean BAS­SERES, di­rec­teur gé­né­ral de Pôle em­ploi a pré­senté hier le rap­port d’ac­ti­vité 2014 de l’opé­ra­teur et les pre­miers ré­sul­tats de l’an­née 2015. Après deux an­nées de dé­ploie­ment, 2014 a per­mis de conso­li­der les évo­lu­tions de Pôle em­ploi et de me­su­rer les pre­miers bé­né­fices des ac­tions en­ga­gées.
    Ins­crire et in­dem­ni­ser les de­man­deurs d’em­ploi dans les dé­lais
    Alors que les ins­crip­tions à Pôle em­ploi ont aug­menté de 15 % par rap­port à 2013 avec plus de 8 mil­lions de dos­siers trai­tés, 90,5 % des pre­miers paie­ments ont été ef­fec­tués dans les dé­lais en 2014, a rap­pelé hier M. BAS­SERES. Pour rap­pel, 31,7 mil­liards d’eu­ros ont été ver­sés en 2014 pour le compte de l’As­su­rance chô­mage et 3,6 mil­liards pour le compte de l’Etat et du fonds de so­li­da­rité. Dès 2015, les de­mandes d’ins­crip­tion et d’in­dem­ni­sa­tion pour­ront être réa­li­sées en ligne dans quatre ré­gions (Corse, Guyane, Franche-Comté, Pi­car­die). Cette sim­pli­fi­ca­tion per­met­tra de dé­mar­rer l’ac­com­pa­gne­ment plus ra­pi­de­ment.
    En outre, le temps dédié à l’ac­com­pa­gne­ment des de­man­deurs d’em­ploi a été accru. Les moyens consa­crés à l’ac­com­pa­gne­ment in­ten­sif des de­man­deurs d’em­ploi les plus éloi­gnés du mar­ché du tra­vail, et no­tam­ment des jeunes, ont été ren­for­cés. Dans le cadre de la nou­velle stra­té­gie de re­cours aux opé­ra­teurs pri­vés de pla­ce­ment, l’ac­com­pa­gne­ment de ce pu­blic a été ré-in­ter­na­lisé. Par ailleurs, la sa­tis­fac­tion des de­man­deurs d’em­ploi a aug­menté de 3,3 points entre le 4ème tri­mestre 2013 et le 1er tri­mestre 2015 pour s’éta­blir à 66,1 %.
    Mieux ac­com­pa­gner les tran­si­tions pro­fes­sion­nelles
    La for­ma­tion étant une clé es­sen­tielle pour fa­vo­ri­ser les tran­si­tions pro­fes­sion­nelles, l’éta­blis­se­ment a pres­crit 464 000 for­ma­tions en 2014, dont 239 000 fi­nan­cées par Pôle em­ploi, soit un vo­lume en hausse de 33 % par rap­port à 2013. En 2015, la mise en œuvre du conseil en évo­lu­tion pro­fes­sion­nelle s’ac­com­pa­gnera d’une amé­lio­ra­tion du diag­nos­tic lors du pre­mier en­tre­tien du de­man­deur d’em­ploi.
    D’autre part, la sa­tis­fac­tion des en­tre­prises vis-à-vis de Pôle em­ploi est en hausse de 2 points à fin mars 2015 par rap­port au 4ème tri­mestre 2014 pour at­teindre 67,8 %. 4000 conseillers « re­la­tion en­tre­prises » contri­bue­ront, dès juillet pro­chain, à mieux ré­pondre aux at­tentes des em­ployeurs, es­père Pôle em­ploi. Des ac­tions de sim­pli­fi­ca­tion sont éga­le­ment en cours de mise en place no­tam­ment pour sim­pli­fier le dépôt d’offres en ligne par les re­cru­teurs.
    Dé­ve­lop­per l’offre nu­mé­rique
    En 2014, Pôle em­ploi a dé­ve­loppé son offre de ser­vices nu­mé­rique pour tous les de­man­deurs d’em­ploi. Ainsi, un ac­com­pa­gne­ment « 100 % web » a été ex­pé­ri­menté au­près de de­man­deurs d’em­ploi vo­lon­taires, 80 % s’en sont dits sa­tis­faits. Des par­te­na­riats ont été ini­tiés avec des sites d’em­ploi en ligne pour agré­ger les offres d’em­ploi sur pole-emploi.​fr, contri­buant ainsi à une plus grande trans­pa­rence du mar­ché du tra­vail. A ce jour, près de 372 000 offres d’em­ploi sont dis­po­nibles sur pole-emploi.​fr. L’opé­ra­teur compte aussi lan­cer l’Em­ploi Store le 2 juillet, une pla­te­forme qui pro­po­sera à tous les de­man­deurs d’em­ploi de nou­veaux ser­vices di­gi­taux issus de Pôle em­ploi et de ses par­te­naires.
    Enfin, Pôle em­ploi tra­vaillera en 2015 avec les conseils ré­gio­naux et les ré­seaux spé­cia­li­sés pour dou­bler à terme la part de de­man­deurs d’em­ploi ac­com­pa­gnés dans leur pro­jet de créa­tion ou de re­prise d’en­tre­prises. droits réservés
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