Pôle emploi perd le contrôle des offres de travail

  •  
  •  
  •  
  •  

Paris, le 9 septembre 2015

Info presse, article de l’Huma du 2 septembre

 


Pôle emploi perd le contrôle sur les offres de travail

 

Les syn­di­cats CGT et SNU pointent du doigt une aug­men­ta­tion des offres d’em­ploi en dou­blon ou illé­gales sur le site In­ter­net de Pôle em­ploi. Une ten­dance ac­cen­tuée de­puis que les agré­ga­teurs d’offres d’em­ploi peuvent li­bre­ment dé­po­ser leurs an­nonces sur pole-emploi.​fr.


Des offres de tra­vail en quatre exem­plaires ou illé­gales. Hier en co­mité cen­tral d’en­tre­prise (CCE) de Pôle em­ploi, la CGT et le SNU ont tiré la son­nette d’alarme sur ce pro­blème en re­cru­des­cence.

De­puis juin 2015, les agré­ga­teurs d’offres d’em­ploi  comme Kel­job ou Op­tion car­rière  peuvent dé­po­ser di­rec­te­ment leurs an­nonces sur le site In­ter­net pole-emploi.​fr. Si des couacs exis­taient déjà, la ten­dance s’ag­grave, selon les syn­di­cats. Comme l’ex­plique Jean-Pierre An­toine, se­cré­taire de la CGT chô­meurs re­belles du Mor­bi­han, « jus­qu’ici, il y avait des agents char­gés du contrôle de ces offres d’em­ploi. La vé­ri­fi­ca­tion hu­maine a de­puis été rem­pla­cée par un lo­gi­ciel in­for­ma­tique qui filtre les an­nonces par mots clés ».

Un conseiller qui sou­haite res­ter ano­nyme ra­conte : « J’étais en ren­dez-vous avec un de­man­deur d’em­ploi, en cher­chant parmi les offres je suis tombé quatre fois sur le même tra­vail de se­cré­taire po­ly­va­lente. Pas plus tard qu’hier, j’ai trouvé sur une offre de peintre en CDI, j’ai cli­qué sur le site de l’agré­ga­teur, cela m’a ren­voyé vers le site pole-emploi.​fr mais le contrat n’était plus que de 15 jours ! Beau­coup de col­lègues ren­contrent ces pro­blèmes. »

Autre dé­rive, sur le site, des mis­sions d’in­té­rim sans pré­ci­sion de durée, seule­ment « courte » ou « longue », sont pu­bliées. Ce qui est illé­gal au re­gard de l’ar­ticle L.5331-3 du Code du tra­vail, qui sti­pule que les offres d’em­ploi ne peuvent conte­nir des men­tions fausses ou sus­cep­tibles d’in­duire en er­reur. Des pro­po­si­tions de jobs avec un pé­ri­mètre géo­gra­phique flou ont aussi été ré­per­to­riées. Par exemple, seule­ment le dé­par­te­ment Côte-d’Or était si­gnalé à la place de Dijon. Des abus qui conduisent à la dé­gra­da­tion des offres d’em­ploi.

Pour les syn­di­cats, la mon­tée en puis­sance des agré­ga­teurs pour ali­men­ter pole- emploi.​fr a fa­vo­risé ce phé­no­mène. Trois par­te­na­riats exis­taient en 2013 contre soixante-dix-huit au­jour­d’hui, avec ces pla­te­formes qui dif­fusent beau­coup de pro­po­si­tions de tra­vail tem­po­raire. Ré­sul­tat, 150 000 offres au total étaient vi­sibles en ligne il y a un an sur le site de Pôle em­ploi, elles sont 500 000 au­jour­d’hui. Dans les faits, la même offre d’em­ploi peut se re­trou­ver sur plu­sieurs agré­ga­teurs dif­fé­rents, en­traî­nant en­suite les fa­meux dou­blons sur pole-emploi.​fr.

« En CCE, le di­rec­teur gé­né­ral a botté en touche sur cette ques­tion, ex­plique Em­ma­nuel M’hedhbi, du bu­reau du SNU-Pôle em­ploi. Nous avons par exemple trouvé une pro­po­si­tion d’em­ploi en CDI dans une bou­lan­ge­rie, mais quand on clique, il s’agit en fait de re­prendre la bou­tique ! »

Ce champ libre laissé aux agré­ga­teurs s’ins­crit dans l’ac­cé­lé­ra­tion de l’au­to­ma­ti­sa­tion de la ré­colte des offres d’em­ploi et la dé­ma­té­ria­li­sa­tion du suivi des chô­meurs, uti­li­sées par l’opé­ra­teur pu­blic pour aug­men­ter sa ren­ta­bi­lité. « La di­rec­tion veut sim­pli­fier le dis­po­si­tif pour les em­ployeurs parce que Pôle em­ploi est no­tam­ment concur­rencé par le Bon Coin, pour­suit Em­ma­nuel M’hedhbi. Ça nous met dans une lo­gique de ren­ta­bi­lité ab­surde. De­puis la fu­sion ANPE-As­se­dic en 2008, les conseillers, par manque de temps, ont moins pros­pecté en­vers les en­tre­prises pour col­lec­ter des offres. Nous ré­col­tons au­jour­d’hui les fruits de cette po­li­tique. »

Du côté de Pôle em­ploi, la di­rec­tion mi­ni­mise clai­re­ment ces dé­rives : « On ren­contre peu cette pro­blé­ma­tique, af­firme un porte-pa­role de l’or­ga­nisme. 250 000 offres pro­viennent de par­te­naires sur le site In­ter­net, dire qu’il n’y a pas de dif­fi­cul­tés est illu­soire. On es­time que 25 % des offres sont en dou­blon. »

La re­cru­des­cence du dépôt d’an­nonces sur pole-emploi.​ fr a aussi son re­vers. Le total de 500 000 offres d’em­ploi dis­po­nibles n’est pas à mettre entre toutes les mains. Sans tenir compte de la qua­lité des an­nonces et des pos­sibles dou­blons, ces sta­tis­tiques pour­raient être dé­voyées pour stig­ma­ti­ser les chô­meurs fei­gnants et jus­ti­fier, de fait, leur fli­cage. Pôle em­ploi a d’ailleurs mis le pa­quet sur son dis­po­si­tif de contrôle sys­té­ma­tique de plus de 180 000 de­man­deurs d’em­ploi. Alors que des études confirment que 84 % d’entre eux sont bien en quête d’un tra­vail, de­puis le mois de sep­tembre, deux cents agents ont été af­fec­tés à cette pé­nible tâche dans toute la France. Au­tant de moyens qui pour­raient être dé­diés à la vé­ri­fi­ca­tion des offres d’em­ploi. 

Cé­cile Rous­seau L’Humanité

(Lien sur le site :  Pôle emploi perd le contrôle sur les offres)

 

  •  
  •  
  •  
  •